Il disait : c'est bien un mot de la ville, ça, la nature. Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l'est. Nous, ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu'on peut montrer du doigt. Qu'on peut utiliser. Les choses qu'on ne peut pas utiliser, nous, on ne s'embête pas à leur chercher un nom, parce qu'elles ne servent à rien.
Paolo Cognetti, Les huit montagnes.

J'ai fait un rêve au cours duquel je ne voulais pas que le lion mange l'agneau et le lion s'est approché et m'a léché le visage comme un gros toutou et puis j'ai pris l'agneau dans mes bras et il m'a embrassé. C'est le rêve de la Beat Generation.
Jack Kerouac, La grande traversée de l'Ouest et autres textes beat.

Lire, c'était ça qu'elle aimait, et jamais autant que quand elle écoutait son père lui faire la lecture. Il avait des livres ayant appartenu à son propre père, qu'il manipulait délicatement et conservait sur un mur d'étagères dans leur petite maison. Il lui lisait des vers de poètes aux noms étranges, comme Homère et Virgile, Hilda Doolittle et Wendell Berry, des poèmes sur les dieux, et les hommes, et les guerres qu'ils se livraient, la beauté des petites choses, et la paix.
Andrew Krivak, L'ours.

Chez nous, tout est plus simple et plus triste. Nous voilà à nouveau privés d’avenir.
Andreï Kourkov, Journal de Maïdan.

Est-ce que la goutte d'eau que je caresse à un endroit du ruisseau aura la mémoire de ma caresse, plus loin, au moment de se jeter dans un fleuve ? Et cette mémoire, l'eau l'aura-t-elle encore au moment de se jeter dans la mer ? Et si ce sont des mots, resteront-ils prisonniers dans les gouttes jusqu'à la mer ?
Thomas Giraud, Elisée avant les ruisseaux et les montagnes

Il arrive parfois qu'on puisse faire pour les autres ce qu'on n'arrive pas à faire pour soi.
Mary Relindes Ellis, Wisconsin.

Oui, le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. Il se passe, entre un roman et son lecteur, un phénomène analogue à celui du développement des photos, tel qu’on le pratiquait avant l’ère du numérique. Au moment de son tirage dans la chambre noire, la photo devenait peu à peu visible. à mesure que l’on avance dans la lecture d’un roman, il se déroule le même processus chimique. 
Patrick Modiano, Discours de réception du prix Nobel.

La poésie est une plante libre; elle croît là où on ne la sème pas. Le poète n'est pas autre chose que le botaniste patient qui gravit les montagnes pour aller la cueillir.
Gustave Flaubert, Lettre à Louise Colet, 26 août 1846.

Quand j'avais six ou sept ans je regardais ces hommes autour de moi et je pensais que leur vie serait la mienne, qu'un jour j'irais à l'usine comme eux et que l'usine me ferait ployer le dos à moi aussi.

Edouard Louis, Changer : méthode

Ils tracent un cercle à la surface, on dirait qu'ils prennent la mer pour du papier, leurs bras pour les compas de leur enfance.

Mariette Navarro, Ultramarins

Il suffit parfois
de quelques mots
un peu plus vifs
que d'habitude
pour que le bateau
amarré tout
au bout du quai,
(jamais personne
ne l'a vu partir)
quitte finalement le port.

Victor Pouchet, La Grande Aventure

C'est ça le problème avec les humains, à la racine de tout. La vie court à leurs côtés, inaperçue. Juste ici, juste à côté. Créant l'humus, Recyclant l'eau. Échangeant des nutriments. Façonnant le climat. Construisant l'atmosphère. Nourrissant, guérissant, abritant plus d'espèces vivantes que les humains ne sauraient compter.

Richard Powers, L'arbre monde

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Nicolas Bouvier, L'usage du monde

Le drame était sur la montagne, mais, impavide et souveraine, elle montait la garde sur les vallées d'alentour, insensible aux pensées des hommes qui gîtaient dans ses flancs, frileusement pelotonnés dans leurs cabanes de pierre.

Roger Frison-Roche, Premier de cordée

Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde.
Emmanuel Régniez, Notre Château

Nous descendîmes tous au ruisseau pour nous laver les pieds et la figure dans l'eau froide. Il y a dans River Woods autant de ruisseaux que de nervures dans une feuille : clairs, pétillants, ils frétillent jusqu'à la petite rivière qui rampe à travers bois comme un alligator vert.

Truman Capote, La harpe d'herbes

Sur l'île, son corps avait été un corps pour la pêche, pour la nage, pour faire face au froid, pour sentir le vent - un corps qui tenait bon, pas un corps qu'on tenait dans ses bras.

Julia Kerninon, Liv Maria

Il est peu de choses aussi belles que la mer par une magnifique journée ou par une nuit limpide, quand elle rêve et que le clair de lune est la somme de ses rêves.

J. K. Stefánsson, Entre ciel et terre


La lune projette
Une ombre sur la nuit.
L'ombre est aussi silencieuse
Que la naissance d'une rose,
Et l'ombre est aussi douce
Que l'haleine du papillon.

Richard Brautigan, L'haleine du papillon